Faut-il vendre l’âme de la peinture sur les murs ?

Hier encore j’avais 20 ans, on achetait pas de Banksy aux enchères, à vrai dire on ne savait même pas qui était Banksy.  Hier encore, on ne demandait pas aux meilleurs graffeurs, graffeuses de Paname et d’ailleurs d’exposer en galerie. D’exposer mais pas sur des toiles, ah non, ça ne serait pas assez authentique. Prenons plutôt des panneaux de signalisation ou des cabines téléphoniques. Achetés à des collectionneurs bien sur, s’agirait pas de vandaliser l’espace public.

Princesse rebelle

Mais pourtant rappelons-nous enkulté(e) ! Rappelons-nous des «P» de la protestation dessinés sur les murs de l’Espagne de Franco ! Rappelons-nous du «Ne travaillez jamais» de Guy Debord marqué à la craie ! Oui de tout temps, l’homme a aimé dessiner sur les murs, remember Lascaux. De tout temps et à tout age, dédicace à toi enkulté(e) de parent qui a déjà passé l’aprèm à nettoyer les «soleils» dessinés par ta progéniture sur les murs de sa chambre.

Regarde ces ptits cons, on comprend même pas ce qu’ils écrivent

De la liberté d’expression qu’on prend de force quand sévit l’oppression. De la contestation d’une jeunesse éperdue, bouffée par l’urbanisation à outrance. Voilà ce qu’a permis l’avènement des aérosols à la fin des années 60, voilà pourquoi Taki 183, pionnier du graffiti new-yorkais s’est lancé dans la course au plus grand nombre de tags, dans les spots les plus fous.

Pour désapprouver, dire on est là et fuck votre société !

Allo maman bobo

Et aujourd’hui quoi ? Aujourd’hui les graphs sur les murs crient «regardez-moi», «instagramez-moi», «faites de moi un homme riche»

Tu crois pas que mon sweat Volcom irait mieux avec le prune de mon tag ?

Oui aujourd’hui le graph n’est plus qu’un moyen mercantiliste lambda. Ou disons-le, pas tout à fait lambda. Non, plus vicieux encore, avec juste ce petit relent de rébellion qui fait que toi et moi prenons en photo ce rigolo bonhomme sur ce sens interdit en se disant «Whaou trop cool». Oui on se sent un peu le Che, un peu De Gaulle participant à la résistance en partageant fièrement la photo du délit sur nos réseaux sociaux favoris. Mais avouons-le enkulté(e) tout ceci n’est qu’une mascarade de rébellion, tout ceci ne vaut pas mieux que 50 nuances de Grey. C’est de l’insurrection de bobos, de hipsters (les mêmes avec une barbe et un bonnet). Finis les P de la protestation on a le droit aujourd’hui au policé, au négociable. Le travail des enfants c’est dégueulasse, merci Monseigneur Banksy de nous avoir ouvert les yeux !

Usuels consommateurs

Je m’en prends beaucoup à l’artiste anglais, mais il est vraiment le porte-étendard de ce game, de l’utilisation de ce marketing viral qui joue sur le fait que nous ne sommes que des moutons. Et pourtant j’aime ce qu’il fait, bien sur, comment pourrait-il en être autrement, tout le monde aime les fraises ! C’est bon, c’est doux, c’est sucré les fraises. C’est vrai ! Qui parmi vous n’aime pas les fraises ? Qu’il se dénonce dans les commentaires !

Et si en plus tu arrives à faire croire que tes fraises, seul Tony Montana peut en bouffer, qu’il faut être stylé, un peu rebelle pour les aimer alors jackpot tu les vendras 20.000$ la barquette.

Le coup le plus rusé que le diable ait réussi

Tu veux une preuve de plus que nous sommes des moutons de Panurge ?

Ce bon Banksy (dont personne ne connait le visage, c’est important) s’est donc un jour installé à New-York avec un petit stand présentant ses œuvres. Quelques unes de ses illustrations les plus connues affichant la modique somme de 60$ (œuvres qui se vendent donc jusqu’à 20.000 balles en général, oui oui).

Résultat de l’opération ? 300$ de recette. Oui le grand Banksy a donc vendu à peine une demi-douzaine d’œuvres à un prix pourtant 300 fois inférieur que celui donné par notre bon et tout puissant marché. Pour dire même CDiscount peut pas s’aligner.

Je sais qu’au fond tu n’es pas un mouton, mon ekulté(e), de ce fait je te laisse donc le loisir de te demander pourquoi ces œuvres, en mode anonyme, ne se sont pas vendues.

 

 

Restez aware

Recevez tous les 15 jours l'activité d'Enkulte, ne ratez aucun article, et ne passez plus jamais pour un benêt lors de vos soirées mondaines.