Faut-il mater des nanars pour passer un bon moment ?

Pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, t’allumes ta téloche, tu chopes un carton de VHS, et : magnéto (serge). On va parler de film. De Films même. Parce qu’un nanar c’est une œuvre tellement mal réalisée, jouée, décorée, conçue (biffe ou ne biffe pas mais laisse z’en un), bref c’est tellement mal fait que c’en est divertissant. Alors attention, je ne te demande pas si tu dois regarder les navets, un navet c’est mal réalisé et en plus c’est chiant.

C’est là qu’est la subtilité, si moi je vais adorer Zardoz, toi tu vas peut être t’y perdre dans un marasme d’ennui, tomber dans une folle dépression et maudire mon nom.

A jouer comme des gosses.

Alors tu vas me dire, quel intérêt ai-je à regarder un nanar si c’est mal fait ? Et bien pour retourner en enfance. Parce que la cabane dans l’arbre c’est une forteresse perchée et imprenable, parce que le carton cabossé est un putain de vaisseau spatial (avec des lasers et tout). Simplement pour le plaisir de faire semblant, en y croyant ou pas. Donc, que ce soit pour rigoler ou pour se la coller sérieux, le nanar c’est un jeu de gosse.  Et ce n’est pas parce que t’as pas les moyens, argent ou talent,  qu’il ne faut rien faire.

« Le pire n’est jamais décevant »

Avec  un nanar on passe toujours un bon moment.  Pour certain, le cinéma c’est morale, grosse histoire, gros effet, grosse réflexion, gros budget, grands acteurs. On ne pourrait pas juste s’amuser ? Ben si, le nanar c’est un script d’une ligne, ou 3 dollars en poche, ou ton concierge comme acteur.  Pour citer Claude Lelouche : « Le pire n’est jamais décevant »

« Oui mais moi je n’aime pas la 7eme compagnie. »

« …Ni Chuck Nurris. »

Et je t’arrête tout de suite, le nanar n’est pas un genre en particulier. En effet tu vas pouvoir taper  dans la SF (Zardoz, matte les moustaches !  ou Carpenter’s they lives, mets ces lunettes !), dans l’Héroic Fantasy, pour toi ma ptite Sonia fan d’elfes aux grandes b.. oreilles,  dans le trash (Street trash), dans l’inclassable (les clowns tueurs venus d’ailleurs),  ou encore du warrior, du  ninja , du cul

matte les moustaches !

Tu n’es donc pas obligé de te coller sur Jean Lefebvre ou la pelouse de Chuck.  Mais attention, ce n’est pas parce qu’un acteur  est un habitué des nanars (salut Jean-Claude) qu’un film avec lui en sera un. Pareil pour les réalisateurs, même si certains sont entrés dans la légende (Ed wood, Jess Franco…), le nanar n’a pas de label rouge, de certificat ou de tête d’affiche.

Le foirage comme élément principal de la dégustation.

Avec le nanar, tu découvres une nouvelle composante à la réalisation : le foirage. L’histoire est une partie du film, mais n’est pas le film. Son foirage l’est pour moitié dans le succulent.

Parce que oui, un nanar ne naît pas nanar, il le devient par ses spectateurs, par la distance qui les sépare de l’histoire. Ce sont 2 histoires en une que tu suis : le film, et comment ils ont pu/osé faire ce film.

il le devient par ses spectateurs

Parfois le pitch tient la route, l’histoire est prometteuse,  le film se voulait être sérieux, être le nouveau star wars, révolutionner les codes, et d’un coup c’est le drame : pas de moyens, des acteurs foireux ou encore gastro pour tout le monde et on joue constipé. C’est un bide à la sortie, c’est un nanar en cassette/dvd/bRay, et  c’est un culte 5 ans après.  (le ‘ fantastics 4’ de 1994 est fabuleux, tuyaux d’arrosage et fil  de pêche pour tous les plans !).

Parfois  on trouve aussi seulement 2 ou 3 gus, en plein apéro, qui nous pondent un pitch désopilant et invraisemblable. Flesh Gordon, le 2 surtout (oui y’a des suites et des suites parfois, ça a du bon), Critters (1,2,3,4, je t’ai dit pour les suites ?) . L’histoire tient sur une demi-tranche de jambon piquée au classique, mais le ptit pétard au cul du vaisseau fait toute la différence. Bref, on a l’impression d’avoir fait le film avec des potes tout en le découvrant. C’est potache, c’est maladroit, c’est touchant… et toujours plaisant.

Fais-toi ton idée.

Certains des titres dont je t’abreuve sont vieux, oui.  Bon déjà parce que j’aime les années 80. Début 90 aussi. Et ensuite parce que ce qui fait le nanar, en plus de son décalage potache pas prétentieux, c’est la distance avec le spectateur : le temps, la vision du monde au moment de la réalisation. Les épaulettes, les strings taille haute, le fluo, le latex, les masques, le maquillage, les mannequins désarticulés qui tombent dans l’escalier, tout est prétexte à l’arrêt sur image.  Certains films récents sortent volontairement en hommage aux nanars, et se revendiquant nanars… mais la encore le film oscille entre le ‘trop bon’, ‘trop kitsh’, ‘trop culte’, ‘trop serieux’  pour être nanar… la frontière est mince.

le ‘trop bon’, ‘trop kitsh’, ‘trop culte’, ‘trop serieux’

A toi donc de te faire ton idée, et de rejoindre le rang des polémistes :  fini pour toi les débats ‘c’est Pacino ou Deniro le meilleur acteur  ?’ , entre de plain-pied dans ‘non mais non, Cherry 2000 n’est pas un nanar ! je peux pas te laisser dire ça Jean-Louis !’.  Ou inversement. Saluons Melanie au passage.

Je te laisse donc compléter ta vidéothèque avec un ou 2 nanars. C’est peut être une occasion pour toi de sortir de l’autoroute Megarama. Car oui il y a autre chose pour se divertir que les transformers, ou 50 nuances d’engrais. – Surtout que faut pas trop se pencher pour trouver du nichon dans un nanar –

Pour finir, Je te conseille donc l’incontournable nanarland.com, l’émission de Johann Lefebvre et Gérard Baste Very Bad Film sur Gong,  et les Mad Movies.

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