La question con à

– TAIPAN.

Après « Court-Circuit » l’un des rappeurs les plus scandaleux de l’hexagone revient avec un opus de six titres. Les fans de la première heure y retrouveront son flow nonchalant aux punchlines acerbes, le tout sur fond de prods mélodiques d’une indéniable qualité.

Avec « P.A.N », Taipan passe à la vitesse supérieure et c’est en exclusivité qu’il nous livre une interview sans concession sur ce nouveau projet mais avant cela, tradition d’Enkulté oblige, la question con :

E : C’est parce que t’as les neurones bloqués depuis ta naissance que tu as décidé de prendre le nom d’un serpent dont le venin attaque le cerveau ?
T : Haha non, c’est plutôt l’inverse. J’ai pour ambition d’attaquer les neurones des gens…

E : Parle nous de ce nouveau projet « P.A.N », est il lié à « Parlons Beuh » qui devait sortir l’année dernière ?
T : Ça n’a rien à voir avec « Parlons Beuh » qui est un projet prêt depuis quelque temps maintenant. Il devait juste être un palier pour embrayer rapidement sur autre chose. Beaucoup de temps s’est écoulé et j’étais un peu frustré de revenir avec un projet trop « ciblé ». Si t’es pas fumeur « Parlons Beuh » tu t’en fous, tu peux aimer la qualité musicale du projet mais le message ne va pas te parler… Ça me tenait à cœur de revenir avec des morceaux qui parlent à tout le monde.

E : « P.A.N » sera donc en trois volets, tu penses les sortir à quel rythme ?
T : J’aimerais que ca sorte le plus vite possible, j’espère en sortir un par saison.

E : Le titre « PPR » dont le clip a été livré en même temps que l’E.P est très pesant dans son ambiance tant dans l’instru que dans les lignes. Il y a le titre « Survole » aussi où tu dénonces assez violemment ce qu’il se passe dans notre société actuelle. Tu trouves le monde de moins en moins vivable ?
T : « PPR » je l’ai sorti quand je quittais BOMAYE, je créais quelque chose de nouveau, il est représentatif du moment où « P.A.N » s’est conçu.
Je viens de la province, je suis le fils de personne, je vis dans le 93 dans un quartier très populaire voir pauvre… Je raconte juste l’histoire de ce mec qui se prend un choc thermique entre ce qu’il vit dans son quartier et ce qu’il vit après 20 min de métro : se retrouver place Vendôme, voir des gens en Ferrari qui crèvent dans l’opulence. C’est une douche de chaud-froid, c’est comme un gros coup de châtaigne.

E : C’est ce que vous avez voulu montrer dans le clip ?
T : On a voulu montrer cette polarité entre le gars qui vient de son ghetto et qui est vite amené à côtoyer des gens qui ont de l’oseille, tout en croisant sur son chemin des familles Syriennes qui ont fui la guerre, qui essaient juste de rester en vie… Le clip montre ce choc des mondes, l’extrême précarité et l’extrême richesse.
Je te rejoins sur le côté pesant et violent de « Survole » et « PPR » mais ça n’est pas l’ambiance générale du projet. Les titres « P.A.N » et « Chaise Longue » sont très musicaux, aérés… « Combien de frères » est aussi dans l’émotion… La mélancolie n’est pas forcément un sentiment sombre, ça peut être très lumineux.

Y a pas plus anti-Hip-Hop que de se cristalliser dans une époque

E : Musicalement tu as opéré un virage que je trouve assez radical. Les instrus sont très mélodieuses, tu as travaillé sur des rythmiques jazzy aux sonorités très blues qui ne sont pas vraiment dans l’air du temps, du moins sur le territoire français. Tes références musicales sont restées les mêmes ou tu as découvert de nouveaux horizons ?
T : On parle de quel air et de quel temps ? Je ne suis pas du tout un nostalgique. J’ai horreur des nostalgiques dans le Hip-Hop, nique tous ces putains de puristes. La chose la plus Hip-Hop c’est de toujours ramener un son nouveau. Les mecs qui veulent rester en 1996 toute leur vie et faire des prods comme Pete Rock toute leur vie, allez vous faire enculer.
Y a pas plus anti-Hip-Hop que de se cristalliser dans une époque. Le moindre morceau je l’écoute à la seconde où il sort. Je suis autant influencé par des Kendrick Lamar, J Cole ou SchoolBoy Q que par des gars comme Travis Scott ou Tory Lanez… Ils m’ont tous influencé sur ce projet. Ils se permettent de mettre des interludes de Jazz, ce sont des albums archi-instrumentés, arrangés… Je voulais le faire aussi. J’ai ramené de nombreux instrumentistes sur le projet et le fait d’avoir fait beaucoup de scènes après « Court-Circuit » m’a permis de me rendre compte que de faire tourner une boucle pendant 4 min ça n’était ni stimulant pour moi, ni stimulant pour le public. La meilleure des sciences c’est de se faire plaisir, de faire ce qu’on aime, « fais toi toi-même » comme disent les kainris et le public reconnaitra ta sincérité. C’est pour ça que « P.A.N » est plus arrangé et mélodique que ce que j’ai pu faire avant. Content que tu le relèves.

E : Il n’y a pas de feat dans le premier volet de cette trilogie, c’est prévu pour la suite ?
T : Il y a plein de gens avec qui j’aimerais bien collaborer mais je n’aime pas les choses mécaniques. Faire un morceau pour faire un morceau ça m’a jamais intéressé. Si il y a la bonne personne au bon moment avec la bonne idée et la bonne instru, évidemment que je suis chaud mais entre le moment où t’es chaud et le moment où ça se fait vraiment il y a beaucoup de paramètres.

Être dépendant d’un label indépendant…

E : Quel a été l’élément déclencheur qui t’a poussé à monter ton propre label « E2 » ?
T : J’ai toujours voulu mener ma barque mais c’est pareil : entre le moment où tu te dis que tu vas le faire et l’alignement des étoiles qui fait que toutes les conditions nécessaires sont réunies pour le faire, il y a un canyon. Dans le cas présent, les petits différends que j’ai pu avoir avec BOMAYE, combinés à ma rencontre avec Komik (producteur et associé du label « E2 », NDLR) ont fait qu’il y a eu un appel d’air qui a rendu les choses possibles.
Le problème quand t’es dans un label indépendant c’est que tu es toujours dépendant de ton label indépendant, ce que je ne voulais plus être.

E : Être dans un label indépendant permet tout de même d’avoir un certain rythme de travail, tu n’as pas peur qu’en ayant moins la pression pour bosser tu te reposes un peu… voir beaucoup ?
T : Pour ma défense je me branle quand je n’aime pas ce que je fais. Je peux être un bourreau de travail quand je kiffe parce que je ne considère pas ça comme du travail à ce moment là, mais effectivement je suis un branleur dans le sens où je n’accepte pas la contrainte. Tu me demandes de faire un truc que je n’ai pas envie de faire, ouais je vais me branler… Et copieusement !

E : Cela explique-t-il les deux ans d’absence entre ton précédent album « Court-Circuit » et « P.A.N » ?
T : Non. Dans un premier temps, j’étais dans mon ancien label qui était en train de monter son propre studio, à l’époque je gagnais bien ma vie en tant qu’artiste, je venais de sortir mon album… C’est comme quand tu viens de baiser et que t’as les couilles vides… Le temps que le studio soit prêt, ajouté au temps que les couilles de mon inspiration se re-remplissent, ça a fait que je ne me suis pas mis la pression. Dès que le studio a été opérationnel, j’ai posé « Parlons Beuh » que j’ai livré au label. Ils n’ont pas vraiment réagi au projet, ils avaient signé de nouveaux artistes et n’avaient plus trop de temps pour moi… Ce qui nous amène à aujourd’hui. Une fois de plus, c’est le problème d’être dépendant d’un label indépendant…
Désormais je suis maître de mon planning, maître de mes sorties et c’est mieux comme ça.

E : Tu réalises tes clips, tu produis tes instrus, tu fais tes visuels, maintenant t’as ton propre label… T’es complètement « Control Freak » ou c’est juste qu’on est jamais mieux servi que par soi-même ?
T : On n’est jamais mieux servi que par sa mère tu veux dire ! Je fais tout par kif. J’ai toujours fait de la prod, même quand C.H.I produisait la majorité de ce que je faisais. Sur la toute première street-tape qu’on a sorti il y avait déjà une instru à moi, à l’époque j’étais sur MPC2000XL… Dernièrement il s’est beaucoup investi sur les albums de Youssoupha donc il était un peu moins dispo pour moi. Je lui ai toujours dit que c’était une chance de fou de bosser avec Youss sur un plan humain et artistique. Du coup pendant ce temps je bossais de mon côté, je montais de niveau en termes de prod, j’étais de plus en plus satisfait de ce que je faisais… Les prods de C.H.I sont tellement dans l’émotion qu’à chaque fois que tu poses dessus t’as l’impression de t’ouvrir les veines, de sortir tout ce que t’as… Tu ne peux pas t’ouvrir les veines toutes les semaines ! Je me suis mis à produire mes instrus avec plein de sonorités, plein de couleurs différentes et j’ai trouvé un bon équilibre entre ce que m’envoie C.H.I et ce que je fais moi même. Ça n’est pas une volonté de grand manitou de tout faire, j’aime bien déléguer quand je me sens bien entouré mais là en termes d’agenda il s’est avéré que sur « P.A.N » j’ai quatre prods à moi et deux de C.H.I.

E : Tu voulais revenir avec un projet qui puisse parler à tout le monde mais je trouve que cet EP est complétement à contre-pied de ce qu’on entend en radio actuellement avec tous ces rappeurs bien lissés qui font plus bouger que penser…
T : On ne peut jamais plaire à tout le monde donc je préfère ne pas me priver en termes de messages. Les gens sentent quand il y a un calcul politicien dans ce que tu racontes… Plaire à tout le monde c’est plaire à n’importe qui et c’est pas vers ce en quoi je m’oriente. Je ne compte pas m’adoucir et je pense que la majorité des artistes qui édulcorent leur boulot, au fond d’eux même savent très bien qu’ils font de la merde… Ça n’est pas ma démarche et de toute manière je ne sais pas faire autrement. Il y a plein d’exemples d’artistes qui n’ont jamais édulcoré ce qu’ils avaient à dire et qui ont trouvé leur public par la sincérité. Tu prends des gars comme Booba, Seth Gueko ou encore Orelsan, ils ne se sont jamais privés de dire les choses. Quand Orel a voulu sortir son « Sale pute » il l’a sorti, point. Trop se lisser c’est un mauvais calcul.

E : Ce qu’on peut relever de ton écriture c’est cette capacité à décrire ce qui se passe autour de toi sans jamais prendre position…
T : L’art doit passer au dessus de l’engagement. Un artiste qui se dit engagé, c’est qu’il va sur le terrain, il ne se contente pas juste de faire de la musique. Moi je n’ai pas la prétention de faire ça. Honnêtement je me lève pas tous les matins en pensant à Gaza… Il y a des artistes qui parlent beaucoup mais concrètement ils font quoi dans la vraie vie ? Si c’est juste avoir une posture pour bien se faire voir des gens, ça ne sert à rien. Il y a des choses qui me révoltent comme tout le monde mais j’ai un côté « Si vous voulez pas faire la paix, foutez moi la »

E : Y a t-il une devise au pays de Taipan ?
T : « La couille forte ».

« PPR » premier extrait de l’EP « P.A.N » :

 

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