La question con à

Natalia Moscou

Enkulte : Natalia, tu es russe d’origine coréenne, japonaise et vivant à Paris.. tu as combien de passeports ?
Natalia Moscou :Ce n’est pas une question aussi conne que ça hein :-) … j’ai deux passeports et les deux sont russes.
E : 2 passeports russes ?
NM : Oui, parce qu’en Russie nous avons un autre système de passeports, une histoire longue et obscure, donc rapidement, pour ne pas que l’on s’endorme ^^ : j’ai un passeport russe interne et un passeport russe international. Je suis née en Russie et je reste Russe même si je vis en France. Je ne pense pas que cela change…
E : Tu es donc très attachée à la Russie ?
NM : Oui et non… la Russie c’est ma culture initiale, je suis née en Russie, j’ai appris à lire et à écrire en russe, j’ai grandi en me nourrissant des auteurs russes et en écoutant le musique russe… Et puis depuis quelques années que je suis à Paris, j’ai crée des attaches en France, je me suis imprégnée, telle une éponge, de la culture et des mœurs françaises inévitablement.

Je me suis imprégnée de la culture française.

E : Tu as donc commencé par chanter en russe ?
NM : J’ai commencé un peu à chanter en russe en effet, ado, mais l’écriture la plus mature m’est venue en français… parce que c’est arrivé en France. Je me réveillais en français, j’allais acheter mon pain en français, je m’engueulais avec mon copain en français, j’ai donc écrit tout naturellement mes chansons en français…
E : Tu as tout de même des envies d’écrire en russe ?
NM : Ce n’est pas la question d’envie. J’écris dans ma langue active du moment… En ce moment je vis en France, donc j’aime en français, je me fâche en français, je compatis aux chagrins des mes copines racontés en français en français et on pleure ensemble devant une tasse de cognac en français aussi. Mes émotions sont nées en français… et mes chansons viennent de mes émotions. Et si un jour je suis à Moscou et une histoire ou une émotion me donne envie d’écrire, ce sera forcément en russe.
E : Tu écris sur l’émotion ?
NM : Oui, c’est vraiment très impulsif… bien sûr, il y a une part de labeur: 10 paragraphes écrits instinctivement, sous l’impulsion, et puis tu tries/changes/peaufines pour ne laisser que l’essentiel en 3 paragraphes ^^. Mais oui, c’est forcément une histoire, un peu de vécu, une émotion passagère, de moi ou quelqu’un d’autre, ce n’est pas une écriture méthodique, pas encore.

C’est en France qu’il existe le quatrième degré.

E : On aime ce que tu écris, vraiment, ce ton ironique, ça te vient d’où ?
NM : Ca, ça vient de l’école française : en France on a le premier degré, le second, le troisième, le quatrième et parfois plus, vous ne trouvez pas ?
E : Oui c’est vrai… la bonne école ^^
NM : Au début j’étais assez désorientée par cette façon d’être, et au final c’est assez amusant: ça permet de parler de beaucoup de choses graves avec un air léger.
E : Tu le fais très bien :-), d’ailleurs, il y a certaines chansons, on pense à « Poupées » et « Chanson d’amour » particulièrement, on se demande si ce n’est pas autobiographique ?
NM : J’ai une fois répondu à cette question que mes chansons me ressemblaient beaucoup, mais que je n’avais pas envie qu’on m’y reconnaisse. Il y a toujours une partie autobiographique inévitablement (mais pas que), personnelle, que j’expose brute, sans l’enjoliver, une partie de moi dont parfois je ne suis pas fière ^^ :-). Comme dans « Chanson d’amour » par exemple: chanter « tu souffres petit con » et savourer sa petite vengeance ce n’est pas très grand, qui l’aurait avoué?
E : Et cela ne t’est jamais arrivé donc ?
NM : Mais non je vous dis ! ^^
E : Surtout pas :)… parlons un peu de « Je suis un garçon sensible », une autre de tes chansons, tu as proposé à Philippe Katerine un feat’, pourquoi lui ?

Philippe Katerine est un vrai pro, humble et respectueux.

NM : Vu les paroles, la mélodie, l’esprit… faites l’horizon des chanteurs francophones et vous arriverez à la même conclusion que moi : Philippe Katerine ! C’est le chanteur qui n’a pas peur d’incarner ce personnage ambigu qui chante « je suis une fille gourmande », c’est un garçon qui a suffisamment de …
E : De recul ?
NM : Oui de recul et de virilité pour ne pas avoir peur d’embrasser sa féminité. En plus il apporte sa fantaisie, il joue la comédie, et puis c’est un très bon chanteur: il utilise sa technique vocale au profit de la chanson et ceci avec une incroyable facilité. En 3 ou 4 prises c’était dans la boîte. Et en toute générosité en plus: on ne se connais pas bien, et il a quand même accepté de poser sa voix après l’écoute de la maquette de la chanson. D’abord il est venu dans mon petit appartement pour poser la voix sur la maquette, puis – à Malmö, au studio.
E : Un vrai Pro’ ?
NM : Oui, un pro humble et respectueux de l’œuvre
E : Oui ! Ton premier EP est sorti en 2013… On attend l’album pour Juin 2016 ?
NM : Oui… je comptais sortir mon premier album en Juin, mais depuis cette annonce, il y a du retard c’est donc repoussée à la rentrée… En Juin, il y a quand même la sortie du single « Je suis un garçon sensible » avec quelques remixes surprises ^^
E : On repense à tes chansons « Poupées », « Je suis un garçon sensible » et à d’autres – on y ressent beaucoup d’influences, notamment celle de Gainsbourg des années 60′, c’est quelqu’un que tu as beaucoup écouté ?

Je ne connaissais pas Serge avant d’arriver à Paris.

NM : C’est amusant, on me le dit souvent :-) C’est une belle comparaison, flatteuse… Et pourtant avant d’arriver en France, je ne savais pas qui était Serge Gainsbourg, et je n’avais jamais entendu les chansons de France Gall écrites par lui – c’est un ami qui m’en a parlé après avoir entendu « Poupées »… Je pense que cette façon d’appréhender les mélodies, légère et espiègle, de Serge Gainsbourg, est très russe. Prenez les chansons des films russes des années 60/70′ qui ont bercé mon enfance. Nous n’avions pas de rock, ou pop, aucune ou peu de musique occidentale… alors ce sont les chansons issues des filmes que les gens écoutaient chez eux… Cette influence est profondément ancrée en moi je crois, et elle ressort inconsciemment dans la composition de la musique – chez moi, la composition c’est quelque chose d’inconscient, de physique, de corporel. Ce sont les paroles qui viennent du cerveau. Ainsi, la chanson est le mélange des ces deux énergies…
E : Le yin et le yang ?
NM : Joliment dit !
E : Allez parlons un peu de la scène, depuis quelques temps tu te produits en première partie de Brigitte, comment s’est passée ta rencontre avec Sylvie et Aurélie ?
NM : L’heureux hasard m’a fait rencontrer Sylvie et Aurélie qui sont en quelques sortes mes marraines aujourd’hui. Sylvie est même allée plus loin – elle m’a aidée à enregistrer l’album à paraître.
E : C’est un peu une histoire de copines ?
NM : Oui, une histoire d’amitié, et quelle amitié !

Merci Brigitte !

E : Nous avons hâte de t’entendre encore plus, alors, nous ne pouvons dire que merci à Brigitte… donc les projets, on récapitule …

NM : L’album à la rentrée, le single en juin, un concert au Bus Palladium le 27 mai et puis d’autres concerts à venir…
E : Hors de Paris ?
NM : J’adorerais!…Je travaille dessus!
E : Quelque chose à ajouter ?
NM : c’est amusant, parfois, je me sens très réservée, je n’arrive à rien dire…
E : C’est à la gueule du client ?
NM : oui, mais vous, je vous ai vus, et toutes mes défenses sont tombées… ^^
E : Merci c’est très gentil et ça nous touche… tu as un mot pour nos enkultés ?
NM : Il faut qu’ils continuent de venir sur votre site car cela fait du bien de se faire enkulter !
E : Merci merci Natalia !

Va vite écouter le son de Natalia Moscou feat’ Philippe Katerine ici :

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