Faut-il penser que Georges Brassens était anarchiste ?

Brassens était pacifiste, provocateur et anarchiste, c’est ce que tu as toujours entendu cher enkulté(e), non, je me trompe ? D’ailleurs, comment le penser autrement, son histoire, ses textes, ses entretiens, tout pousse à nous faire croire qu’il était la représentation, l’icone de l’anarchisme… et bien non, en tout cas, pas comme tu le penses. Georges Brassens était un être bien plus complexe que ces niaises et hâtives conclusions.

C’est quoi être anarchiste ?

Avant de nous intéresser à Georges, intéressons-nous à ce qu’est l’anarchisme ! L’anarchisme est un courant de philosophie politique qui est définit par « l’ordre moins le pouvoir », soit, la capacité qu’ont les individus à refuser le principe d’autorité dans l’organisation sociale, en large, très large. L’anarchisme est lui-même très complexe, d’où les confusions, car il existe différents types d’anarchisme, différentes manières de l’appréhender. C’est à la fois la liberté, l’autogestion, l’activisme, le fédéralisme, l’insurrection.

Anarchisme = Refus de l’autorité dans l’organisation sociale.

Vois-tu, être anarchiste c’est un savant mélange d’idées, parfois opposables, parfois opposées. Je me défends par avance ici d’être spécialiste de la question, je donne un avis, ce qui en soit est une base de l’anarchie. En tant qu’individu, et selon ce que pensait Brassens dans sa manière d’être libre et même plutôt libéral, mes opinions n’ont pas à souffrir de la limitation de pensées du groupe d’individu qui m’entoure.

Je te saoule ? Parlons de Georges.

Oui, Georges était libéral. Il ne souhaitait pas avoir mauvaise réputation, il disait dans l’une de ses chansons qu’à partir de quatre, on était une bande de con. L’idée que le groupe puisse prendre le dessus sur l’individu le révulsait, c’est anarchiste.

Mort aux vaches, mort aux lois, vive l’anarchie !

Il était contre toute forme d’autorité, de politique. Tu te souviens certainement de sa chanson « Hécatombe », qui je te le rappelle chantée au nez d’un représentant des forces de l’ordre te fait encourir au 21 ème siècle une amende pour outrage. Elle représente parfaitement son dégoût des institutions, de ce qui est instauré pour le peuple par une vérité qui n’est pas pour chaque individu « La vérité », c’est anarchiste.

La vérité d’ailleurs flotte au gré des saisons.

Mais Georges était convaincu aussi par le fait que les idées naissaient, vivaient, se contredisaient au fil du temps et des individus. Dans « Le vieux normand », on a raison, on a tord ! En soit, ce n’est pas anarchiste. Certains disaient même que cela montrait à quel point Georges n’était pas anarchiste, car ne pouvait aller au bout de ses idées.

T’es sceptique, pas autant que Georges !

Il citait Voltaire : « Je souffre volontiers qu’on ne se conformât point à mon avis. Vous proférez Monsieur des sottises énormes, mais je me battrai toute ma vie pour qu’on vous les laissât tenir ». Ceci peut-être considéré comme un point de vue anarchiste et libéral, toutefois, quand on s’intéresse à Georges, à son parcours et à son oeuvre, cette citation peut avoir un autre sens, celui du scepticisme…

Entre nous soit dit, bonnes gens, pour reconnaître que l’on n’est pas intelligent, il faudrait l’être.

Les opinions de chacun varient et de fait, aucune solution définitive ne peut-être trouvée. Les idées sont volatiles pensait-il, et l’anarchisme aussi. C’est en comprenant qu’aucune vérité ne pouvait être juste que Georges s’éloignait de l’anarchisme. Il valait mieux être sceptique pour que les idées de chacun puissent se confronter, que d’instaurer aux autres ses idées, aussi libérales et anti-institutionnelles soient-elles. « Ceux qui ne pensent pas comme nous » est une chanson qui en dit long sur le scepticisme de Brassens.

Alors, oui, Georges a toujours lutter pour que l’individu en tant qu’unité de base puisse être son propre chef, puisse véhiculer ses propres pensées. Il était sympathisant de l’anarchisme, mais pas un fervent représentant. Sceptique et clairement contre la notion de groupe, Brassens ne pensait pas le changement possible. Il préférait conserver un système qu’il savait non pertinent que de s’aventurer à en choisir un autre. L’anarchisme compris.

Je suppose que mes dires ne te suffiront pas, je t’invite fortement à lire le mémoire de Nicolas Six qui m’a donné envie de t’exposer cette facette de la personnalité de Georges.

 

Les chansons dont je parle ici : Le Pluriel – HécatombeLe vieux normand (interprétation de J. Bertola, texte de G. Brassens) – La mauvaise réputationCeux qui ne pensent pas comme nous  (interprétation de J. Bertola, texte de G. Brassens) – Les deux oncles (en écoute ici).

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